
Pas moins de 335.000 candidats passent les épreuves du baccalauréat à partir de demain. Toujours plus nombreux, les inscrits doivent faire face à un stress inhabituel pendant cette période, cruciale pour leur avenir.
Cinq jours avant le début des épreuves du baccalauréat, la tension monte pour les lycéens marocains. Au glacier du parc à Casablanca, livres et classeurs ont envahi les tables. Dans cet endroit très apprécié de la jeunesse "casaouie", les lycéens révisent en groupe. Les esprits, échauffés par les révisions, sont studieux. Mais les jeunes semblent sereins. Tellement sereins que le recours aux vitamines ou produits dopants ne leur vient pas à l'idée.
«Je ne suis pas vraiment stressé, confie Abdelkrim, du lycée Jaber Ben Hayane. Je révise depuis un mois déjà et j'ai travaillé toute l'année régulièrement».
Chaimaa, du lycée Immam Malik, n'en dira pas de même. « Bien sûr que je suis stressée, c'est évident de l'être ! J'ai travaillé mais je suis tendue depuis deux semaines ! » Les conditions de l'examen sont perturbantes, estime-t-elle. « On passe les épreuves dans un lycée différent du nôtre, à Barodi. C'est angoissant, on ne va pas connaître les lieux et les professeurs ! »
A la même table, son ami Rachid, esquisse un sourire nostalgique. Le bac, il l'a eu il y a un an, et c'est une époque déjà bien lointaine pour lui. « Je me souviens avoir beaucoup stressé le jour même, pas avant. C'est des moments désagréables quand on y est, mais ça reste inoubliable ! » L'année prochaine, il passe les concours des grandes écoles, une épreuve bien plus difficile et sélective. Pour le Bac, il n'a pas ressenti le besoin de prendre des vitamines, malgré les conseils de sa mère.
« L'adrénaline suffisait ! » Ce ne sera peut-être pas le cas lors de ses concours. Si les jeunes rencontrés ne se sentent pas concernés ou ne l'avouent pas, certains font bien usage de certains stimulants pour la concentration. A la pharmacie du parc, Aziz a vu défiler une vingtaine de lycéens appréhendant par les épreuves. Sa collègue admet avoir vendu six boîtes de comprimés stimulants pour la concentration, et censés faire diminuer la fatigue. Dans l'officine, pas moins de quatre produits sont disponibles à la vente, les moins chers valant tout de même 150 dirhams.
Pour ces lycéens, passer le bac représente une étape charnière. Le diplôme est la clé des études supérieures, ou la vie professionnelle. Qui plus est, le passage du diplôme se déroule en trois jours, « décisifs pour la vie », comme le dit Chaimaa. C'est un cap pour un jeune, le passage du bac arrivant à la fin de l'adolescence. C'est en quelque sorte une fierté que de le décrocher, un moyen de se prouver sa maturité. Il met donc une tension très forte sur l'adolescent. Dans de nombreux cas l'entourage familial, notamment les parents, en sont à l'origine.
En témoignent les paroles de Mohamed, qui passe l'épreuve pour la deuxième fois. « Ma mère stresse plus que moi ! »
Aïcha Rabeh Sijelmassi, psychologue, le confirme : « Les élèves sont plutôt bien préparés au niveau scolaire pour le bac. C'est tout leur environnement qui les stresse : les parents, la famille. Souvent ce sont des parents qui n'ont pas réussi. » Ceux-ci placent alors tous leurs espoirs dans la réussite de leurs enfants, qui devient un peu la leur. Surprenant, le processus aurait alors un effet inverse. « On voit souvent un phénomène de répétition. Les ados répètent l'échec. Ils ont tellement peur de réussir et d'être bien qu'ils ratent. » Et l'échec ne touche pas seulement les jeunes en difficulté scolaire. « Je vois souvent des élèves très brillants, qui ont un très gros blocage devant la copie. »
Autre facteur déterminant, l'environnement social. Quand les difficultés de la vie s'accumulent autour du jeune, que ce soit la misère ou la maladie, il est dur de se concentrer sur l'examen. « Les conflits conjugaux ont des conséquences très néfastes », ajoute la psychologue.
Mais il faut se rassurer, le stress est aussi bénéfique et stimulant dans une telle période. « C'est comme pour un comédien qui monte sur scène. C'est normal d'être tendu au moment de l'action. »
Autre élément rassurant, le nombre d'admis au diplôme, qui augmente chaque année. Il était de 41,7% en 2008, et de 45% l'an dernier.
Comment gérer la tension ?
En règle générale, il est conseillé de ne pas travailler la veille au soir des épreuves. Il vaut mieux utiliser ce temps pour se détendre, aller au cinéma par exemple. Le sommeil est aussi très important. Pour être en forme et avoir l'esprit reposé le jour des examens il faut se coucher tôt.
La psychologue Sijelmassi conseille quant à elle de faire du sport avant les épreuves et dernières révisions. « Cela détend. La natation par exemple, c'est excellent. Une bonne ambiance et la joie de vivre sont importantes » pour l'esprit, ajoute-t-elle.
Côté alimentation, il ne faut pas passer à côté des repas.
La veille, les féculents, riches en sucre lents sont conseillés. Un petit déjeuner complet est aussi très important, avec un jus de fruits riche en vitamines et un laitage. Si l'estomac est trop noué, prévoir des barres de céréales, une boisson et un fruit pour affronter sereinement la journée.
source:le matin